Droit · BTS 2re année · Chapitre 1

Les relations de travail dans l'entreprise

🔎 Aujourd'hui, tu vas apprendre à : Comprendre le contrat de travail, ses évolutions et les modes de rupture.

Programme officiel : Thème — Comment le droit encadre-t-il la relation de travail ? (référentiel CEJM, 2e année)

🔁 Prérequis : chapitre 1 de 1re année — le contrat (formation, force obligatoire).

Étape 1

Découvrir la notion

Sofiane est embauché en CDI. Six mois plus tard, l'entreprise veut modifier son lieu de travail et baisser sa rémunération variable.

L'employeur peut-il imposer seul ces changements ?

Étape 2

Comprendre simplement

Le contrat de travail est un contrat par lequel un salarié met son activité au service d'un employeur, contre une rémunération et sous sa subordination. La subordination — recevoir des ordres, être contrôlé, être sanctionné — est le critère déterminant.

🧩 Analogie : Un freelance choisit ses horaires et ses méthodes : pas de subordination, donc pas de contrat de travail. Un salarié suit un planning imposé : subordination.

ÉlémentModification possible seul par l'employeur ?Explication
RémunérationNonÉlément essentiel : accord du salarié requis
Qualification / fonctionsNonChangement de nature du poste : accord requis
Horaires (aménagement mineur)OuiSimple changement des conditions de travail
Lieu dans le même secteur géographiqueOuiChangement des conditions de travail

Étape 3

Le cours

1. Le contrat de travail : définition et formation

Le contrat de travail n'est pas défini par le Code du travail : c'est la jurisprudence qui le caractérise par trois éléments — une prestation de travail, une rémunération et un lien de subordination juridique.

Le lien de subordination est le critère décisif : il se caractérise par le pouvoir de donner des ordres, d'en contrôler l'exécution et de sanctionner les manquements. C'est lui qui distingue le salarié de l'indépendant, question centrale dans les litiges sur les plateformes numériques.

Le CDI est la forme normale et générale de la relation de travail. Le CDD et l'intérim ne sont possibles que pour un motif légal précis (remplacement, accroissement temporaire d'activité, emploi saisonnier) et doivent être écrits.

  • Prestation de travail + rémunération + subordination = contrat de travail
  • CDI : pas d'écrit obligatoire, mais fortement recommandé
  • CDD : écrit obligatoire, motif, terme, prime de précarité de 10 %
  • Requalification en CDI si le motif est irrégulier ou l'écrit absent

📌 À citer en copie : Arrêt Société Générale (Cass. soc., 13 nov. 1996) définissant le lien de subordination ; arrêt Take Eat Easy (Cass. soc., 28 nov. 2018) et Uber (Cass. soc., 4 mars 2020) sur la requalification des livreurs de plateforme.

⚠️ Piège fréquent : Dire qu'un travailleur de plateforme est forcément salarié. Il faut caractériser concrètement la subordination (géolocalisation, tarifs imposés, sanctions) à partir des documents.

2. La hiérarchie des sources en droit du travail

La relation de travail est encadrée par un empilement de sources : Constitution et textes internationaux, lois et règlements, conventions et accords collectifs, accord d'entreprise, contrat de travail, usages et règlement intérieur.

Le principe de faveur voulait qu'une norme inférieure ne puisse que améliorer la situation du salarié. Les ordonnances Macron de 2017 ont inversé la logique dans de nombreux domaines : l'accord d'entreprise prime désormais sur l'accord de branche, sauf sur des blocs verrouillés (salaires minima, classifications, égalité professionnelle, pénibilité...).

📌 À citer en copie : Ordonnances du 22 septembre 2017 ; article L. 2253-1 du Code du travail (primauté de la branche sur 13 blocs).

⚠️ Piège fréquent : Appliquer mécaniquement le principe de faveur. Depuis 2017, il faut vérifier si le thème relève d'un bloc réservé à la branche.

3. Le pouvoir de l'employeur et ses limites

L'employeur détient trois pouvoirs : un pouvoir de direction (organiser le travail, donner des consignes), un pouvoir réglementaire (édicter le règlement intérieur), un pouvoir disciplinaire (sanctionner les fautes).

Ces pouvoirs sont bornés par les libertés fondamentales du salarié. Toute restriction doit être justifiée par la nature de la tâche et proportionnée au but recherché : c'est le test permanent du correcteur.

L'échelle des sanctions va de l'avertissement au licenciement pour faute grave ou lourde. La procédure disciplinaire (convocation, entretien, notification motivée) et les délais (2 mois pour engager les poursuites) sont impératifs.

  • Contrôle des salariés : proportionné, et information préalable obligatoire (vidéosurveillance, géolocalisation)
  • Vie privée : la sanction d'un fait de la vie personnelle est en principe impossible
  • Non-discrimination et harcèlement : obligations d'ordre public, charge de la preuve aménagée
  • Obligation de sécurité de l'employeur : obligation de moyens renforcée

📌 À citer en copie : Article L. 1121-1 du Code du travail : « Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. »

4. La rupture du contrat de travail

Le licenciement doit reposer sur une cause réelle (objective, vérifiable) et sérieuse. Il est soit personnel (faute, insuffisance professionnelle, inaptitude), soit économique (suppression ou transformation d'emploi due à des difficultés économiques, mutations technologiques, réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité).

La procédure est formaliste : convocation à entretien préalable, entretien, notification écrite motivée, préavis, indemnités. Un vice de procédure ou une motivation insuffisante expose l'entreprise à des indemnités encadrées par le barème « Macron ».

Les autres modes de rupture : démission, rupture conventionnelle homologuée par la DREETS, prise d'acte, résiliation judiciaire, fin de CDD.

📌 À citer en copie : Articles L. 1232-1 et suivants (licenciement personnel), L. 1233-3 (motif économique), L. 1235-3 (barème d'indemnités) du Code du travail.

⚠️ Piège fréquent : Confondre faute simple, faute grave (rupture immédiate, pas de préavis ni d'indemnité de licenciement) et faute lourde (intention de nuire). La qualification change tout le calcul des indemnités.

5. Le dialogue social et la représentation du personnel

À partir de 11 salariés, l'entreprise doit mettre en place un Comité social et économique (CSE), instance unique issue des ordonnances de 2017. Ses attributions s'élargissent fortement à partir de 50 salariés : consultation sur les orientations stratégiques, la situation économique et la politique sociale.

Les représentants du personnel bénéficient d'un statut protecteur : leur licenciement suppose l'autorisation de l'inspection du travail. Négliger la consultation du CSE dans une réorganisation est une irrégularité fréquente dans les sujets d'épreuve.

La négociation collective d'entreprise (temps de travail, télétravail, égalité professionnelle, intéressement) est devenue le levier principal d'adaptation de l'organisation.

📌 À citer en copie : Articles L. 2311-1 et suivants du Code du travail (CSE) ; obligation de consultation préalable en cas de projet important modifiant les conditions de travail.

6. Méthode : traiter un cas de droit du travail

Le raisonnement attendu part toujours de la qualification de la situation (nature du contrat, du fait reproché, de la procédure), puis mobilise la règle applicable avec sa source, puis l'applique aux faits du document.

La conclusion doit être opérationnelle : indiquer à l'employeur ou au salarié ce qui est régulier, ce qui est risqué, et quelle alternative sécurise la décision (rupture conventionnelle, avertissement, aménagement du poste).

  • Qualifier : quel contrat, quel fait, quelle procédure ?
  • Vérifier la source applicable (loi, convention, accord d'entreprise, contrat)
  • Contrôler la proportionnalité et le respect des délais
  • Chiffrer les conséquences : préavis, indemnités, risque prud'homal
  • Conseiller une solution juridiquement sûre

📌 À citer en copie : Barème de l'article L. 1235-3 pour évaluer le risque financier d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Étape 4

Exemple concret — Carrefour

Un groupe de distribution qui réorganise ses hypermarchés doit consulter le CSE, justifier le motif économique et rechercher un reclassement avant tout licenciement collectif. Le droit impose un cadre procédural précis : le fond ne suffit pas, la forme conditionne aussi la validité.

👉 Ce qu'il faut en retenir : En droit du travail, le respect de la procédure est aussi important que la justification du motif.

Étape 5

Le schéma

1EMBAUCHE : CDI (principe) ou CDD (exception)2EXÉCUTION : subordination + pouvoir dedirection encadré3ÉVOLUTION : modification du contrat (accordrequis) ou des conditions de travail4RUPTURE : démission / licenciement / ruptureconventionnelle5CONTRÔLE : conseil de prud'hommes

Étape 5 bis

🎬 Le chapitre en vidéo

Étape 6

🧠 L'essentiel

  • Le contrat de travail suppose travail, rémunération et subordination.
  • Le CDI est la règle, le CDD l'exception encadrée.
  • La modification d'un élément essentiel exige l'accord du salarié.
  • Les pouvoirs de l'employeur sont limités par les libertés du salarié.
  • Tout licenciement exige un motif et une procédure.
  • Le conseil de prud'hommes tranche les litiges individuels.

Étape 7

📚 Les mots à connaître

Subordination
Le fait de travailler sous les ordres et le contrôle d'un employeur.
Exemple : Un planning imposé et des consignes à suivre.
Cause réelle et sérieuse
Un motif existant, objectif et suffisamment grave pour justifier un licenciement.
Exemple : Des absences injustifiées répétées et documentées.
Rupture conventionnelle
Un accord entre employeur et salarié pour mettre fin au CDI.
Exemple : Départ négocié avec indemnité, homologué par l'administration.
CSE
Comité social et économique, instance représentative du personnel.
Exemple : Consulté avant une réorganisation.

Étape 8

Quiz interactif

1. Quel est le critère déterminant du contrat de travail ?

2. L'employeur peut baisser seul la rémunération d'un salarié.

3. Quelle rupture suppose l'accord des deux parties ?

4. Le CDD est un contrat … , possible seulement dans les cas prévus par la loi.

Étapes 9 et 10

Exercices et corrections

Niveau 1 🟢 Facile

Modification ou changement ?

Classez : (a) déplacement du bureau de 3 km dans la même ville, (b) passage de 35 h à 28 h, (c) changement de logiciel utilisé, (d) suppression d'une prime contractuelle.

Méthode

  • Repérer les éléments essentiels du contrat
  • Classer en modification du contrat ou changement des conditions de travail

Niveau 2 🟠 Intermédiaire

Analyser un licenciement

Une salariée est licenciée par SMS pour « manque d'implication », sans entretien préalable. Analysez la régularité de ce licenciement.

Méthode

  • Vérifier le motif
  • Vérifier la procédure
  • Conclure sur les conséquences

Niveau 3 🔴 Examen

Sujet type BTS

L'entreprise NOVA, en baisse de commandes de 30 % sur deux ans, envisage de supprimer 12 postes et de muter certains salariés à 200 km. Analysez les obligations juridiques de NOVA.

Méthode

  • Qualifier
  • Problème de droit
  • Règles
  • Application
  • Conclusion

Étape 11

📄 Fiche de synthèse

Mots-clés

Contrat de travailSubordinationCDI / CDDModification du contratCause réelle et sérieuseCSEPrud'hommes

Méthodes

  • Distinguer systématiquement modification du contrat et changement des conditions de travail.
  • Traiter séparément le fond (motif) et la forme (procédure).
  • Mentionner la juridiction compétente en conclusion.

Erreurs à éviter

  • Oublier la procédure de licenciement.
  • Croire que le refus d'une modification du contrat est une faute.
  • Confondre CSE et syndicat.